Comment le rêve est entré en disgrâce

300 ans après J C : La trahison de Saint Jérôme

Ici, il convient tout d’abord de mentionner un fait totalement inconnu, il s’agit du rôle prépondérant qu’a joué Saint Jérôme pour écarter les chrétiens de leurs rêves et les condamner.

Jérôme, 300 ans après J C a traduit la Bible en latin. Jusqu’alors on lisait la Bible dans les textes hébreux et grecs. Il fit à l’église naissante le monumental cadeau de cette traduction appelée la Vulgate. Cependant, Jérôme a falsifié la traduction de certains passages et l’a arrangée à sa sauce. Et c’est justement quand il s’agit des rêves :Voyons un peu :Dans le livre du Lévitique on peut lire dans le texte hébreu au chapitre 19, verset 26 l’ordre suivant :

 

« Vous ne mangerez rien avec du sang, vous n’observerez ni les serpents ni les nuages pour en tirer des pronostics. »

Jérôme a traduit en latin:

« Vous ne mangerez rien avec le sang. Vous ne consulterez point les augures, et vous n’observerez pas les rêves. »

 

Où est-il question des rêves dans le texte original ? Jérôme les a introduits à côté des oracles.

Au livre du Deutéronome, chapitre 18, verset 10, on lit dans le texte hébreu original:

 

« Qu’on ne trouve chez toi personne pour consulter les oracles, pratiquer l’incantation, la divination, les enchantements et les charmes, interroger les revenants et les esprits ou consulter les morts. Car quiconque fait ces choses est en abomination à l’Eternel. »

 Jérôme a traduit là encore :

« …Qu’il ne se trouve personne qui interroge des devins, et qui observe les rêves et les augures, ni qui use de maléfices, ni qui soit enchanteur, ni qui consulte ceux qui consultent les esprits de pythons et les devins ou qui demandent aux morts la vérité. »

 

Dans ce passage aussi, le traducteur en latin transforme le texte d’origine, le falsifie comme dans le livre du Lévitique, et l’expression consulter les oracles est traduite par observer les rêves et les augures.

Ainsi, quand, de son côté, l’écrivain biblique condamne seulement les oracles, Saint Jérôme, lui, fait l’amalgame avec les rêves, les rajoute dans le texte, alors qu'il n'en est nullement question, jetant ainsi sur eux la condamnation qui a entraîné leur rejet. Et cette confusion est bien un fait encore aujourd’hui, où les rêves sont considérés par beaucoup comme une démarche ésotérique plus ou moins sulfureuse.

Vous voyez ainsi le fait exact et vérifiable que Jérôme a falsifié les textes et condamné volontairement le rêve, alors que la Bible ne le fait pas. Au contraire, la Bible est remplie de récits de rêves, ce que Jérôme savait pertinemment puisqu’il les a traduits. Avec la chute de l’empire romain, on n’aura plus accès aux textes originaux, la traduction de Jérôme fera donc autorité pendant des siècles, excluant pour des siècles le rêve de la vie spirituelle.

100 ans plus tard apparait le conflit entre l'église et le rêve

Il faut également mettre en évidence un deuxième facteur dont on ne parle jamais non plus :

Un siècle après Jérôme, 400 ans après JC, le christianisme devient la religion officielle.

Un conflit majeur se pose en effet : comment l’église instituée qui veut imposer et garder son autorité et sa doctrine unique peut-elle accepter l’idée et le fait que le divin puisse parler à n’importe qui, en dehors de son sein et de ses bâtiments ? Comment admettre que quelqu’un, au nom de l’Esprit divin qui parlerait dans le rêve, puisse avoir l’arrogance de s’opposer à cette doctrine que l’église cherche à transmettre telle quelle ? L’idée et le fait que l’on puisse rentrer directement en contact avec le divin par un rêve, comme l’ont dit toutes les civilisations et les prêtres au cours de l’histoire humaine, cette idée s’avérait absolument intolérable à l’église, car cela menaçait son hégémonie.

C’est bien ce que les jésuites au 17ème siècle avaient remarqué et souligné, quand ils avaient parlé du rêve chez les Indiens d’Amérique du Nord. Ils avaient bien noté :

 

« Si d’un côté le chef donne un ordre au rêveur et de l’autre leur rêve, le chef aura beau crier et menacer, d’abord il faudra obéir au rêve. »

 

Le rêve assure la liberté de l’individu par rapport au pouvoir extérieur.

Quand on veut régner dans l’absolutisme et le dogmatisme, on écarte tout souffle nouveau, qui pourrait apporter un changement.

L’église fit tout alors pour condamner le rêve. En effet, puisque la doctrine exprimée par les pères de l’église était affirmée comme complète, il n’était pas besoin d’informations supplémentaires. Si supplément il doit y avoir, ce sont les dogmes qui les déclarent et les définissent. Tout le reste est une hérésie.

L’église catholique va associer l’interprétation à des pratiques hérétiques et la mettre au même rang que la sorcellerie, la divination. Les individus, soupçonnés de se livrer à des activités occultes, sont accusés d’hérésie, privés de leurs biens, jetés en prison, torturés, brûlés.

Le rêve et son interprétation sont diaboliques. Il faut savoir quand même que c’est avec cette même attitude que j’ai été accueillie il y a 17 ans par un pasteur protestant,! Il y a 25 ans, un autre m’a priée de ne pas mettre les pieds dans sa paroisse parce que je parlais des rêves qui étaient diaboliques. Un troisième m’a traitée de sorcière.

Ainsi le rêve fut exclu de la civilisation occidentale. Pour des siècles à venir, on ne parla plus des rêves ni de leur interprétation. Le rêve qui était au centre de la vie spirituelle intérieure disparut de la vie quotidienne et resta un secret caché au fond des cœurs.  

Au début du 19ème siècle

Le code Napoléon reprend cette condamnation et il est interdit de pratiquer l’interprétation des rêves en France.

Quand j’ai commencé mes activités en 1975, j’ignorais que je contrevenais à la loi. Cette interdiction légale a disparu en 1992.

Dans l’occident chrétien, la dévalorisation du rêve, et le rejet prolongé de la réalité intérieure, du monde de l’inconscient, l’usage exclusif de la raison ont renforcé l’ego et crée une dissociation psychique collective. Il en résulte maintenant au niveau individuel des tensions intérieures qui se manifestent par toutes sortes de troubles de santé, des troubles physiques et mentaux, dont on cherche à échapper par un besoin croissant de drogues, de produits chimiques et la fréquentation de toutes sortes de psychothérapies souvent illusoires. On parle de névrose chrétienne.

Mais on ne commande pas aux rêves, ils vont et viennent comme ils veulent et continuent de visiter les rêveurs.

Un témoignage, le rêve de Kekulé

Bien des témoignages font état des rêves au cours des siècles.

De tous côtés on trouve des rêves relatés par des personnes célèbres. Des hommes politiques, des artistes, des musiciens, des savants, tous ont raconté comment les rêves les avaient inspirés et éclairés. On pourrait en citer d’innombrables. Ils arrivent par milliards sur la terre toutes les nuits.

J’en choisirai un : le rêve du savant Kekulé. Ce chimiste cherchait vainement la structure du benzène qu’il finit par découvrir, voici comment, voici comment il en parla à toute une assemblée de savants, lors d’un congrès en 1890 en Allemagne, où il fit part de ses découvertes. Voici ce qu’il raconta :

 

« J’étais assis à mon bureau et j’écrivais, mais ça n’allait pas. Mon esprit était absent. Alors je tournais mon siège vers la cheminée et m’endormis. Je vis alors voltiger devant mes yeux des atomes. Des petits groupes se trouvaient à l’arrière plan, je distinguais aussi des ensembles plus importants qui avaient des formes très diverses. Je voyais encore de longues lignes qui s’assemblaient. Tout était en mouvement. Ces lignes se tournaient, se tordaient comme des serpents et tout d’un coup, que vois-je ? Voilà un des serpents saisit sa propre queue pour la mordre, et l’image se met à tourbillonner devant mes yeux d’un air moqueur. Je me suis réveillé comme foudroyé par un éclair »

 

Kekulé eut le génie ou la simplicité d’accorder de l’attention au scénario de son rêve et à l’image moqueuse de ce serpent qui se mord la queue. Il passa le reste de la nuit à travailler à partir de ces images et c’est ainsi qu’il établit la structure en anneaux du benzène Des expériences ultérieures confirmèrent sa découverte.

Vous ne serez pas étonnés si je vous dis que cette image du serpent qui se mord la queue venue en rêve à un homme moderne est une image extrêmement ancienne que l’on trouve déjà dans les sculptures grecques archaïques.

Mais revenons à Kekulé et à son congrès ; quand il eut exposé comment il en était arrivé à sa découverte, il termina sa conférence par ces mots :

 

« Messieurs, apprenons à rêver. Alors nous trouverons peut être la vérité. »

 

En cette fin du 19ème siècle, cette parole était remplie de promesses. Elle reflétait aussi tout un courant de pensée et de recherches sur le rêve tel qu’il s’était déjà manifesté avec le romantisme allemand, et les recherches menées sur l’inconscient en particulier par le professeur Charcot en France à l’hôpital de la Salpêtrière.

La théorie freudienne

Dix ans plus tard, en 1900 le 20ème siècle commence avec la publication du livre de Freud « La Science des Rêves » qui semblait concrétiser l’invitation de Kekulé.

Freud y expose sa théorie sur les rêves. Pour lui, tous les rêves sont des déguisements pour réaliser de façon cachée un désir qui a été refoulé pendant l’enfance. Cette grille psychanalytique a servi pour interpréter les rêves pendant tout le 20ème siècle, qui s’inclina devant cette conception.

Aussi, dès qu’on parle des rêves, on parle de Freud et on en reste là. Mais l’expérience répétée montre et prouve que les théories de Freud s’avèrent incapables en fait de servir à l’interprétation des rêves. Je ne vais donc pas alourdir mon propos par des explications que vous trouverez dans d’autres sites. Il me semble aussi inutile d’entrer dans les détails de la théorie freudienne, parce que les recherches des scientifiques actuelles vont beaucoup plus loin, que ce soit les recherches des neurobiologistes en laboratoire ou des anthropologues de l’imaginaire.

Il n’y a qu’en France que l’on reste encore attaché aux théories freudiennes, mais beaucoup commencent à s’intéresser aux travaux du médecin psychiatre suisse, le Dr Carl Gustav Jung.

Le retour du rêve : on reconnaît la validité des travaux de Jung

Jung n’a jamais été un disciple de Freud. Il était un collègue et avait déjà fait de nombreux travaux avant de rencontrer Freud. Il s’en sépara très vite et poursuivit ses recherches dans la solitude.

Jung consacra toute sa vie à l’étude des rêves, il en examina plus de 80 000 et il s’est très vite élevé contre la conception freudienne de l’inconscient. Pour lui, l’inconscient est une matrice, qui produit les rêves, pour compenser une attitude unilatérale ou trop étroite du conscient. Le rêve n’est pas tourné vers le passé, mais vient préparer le rêveur à l’avenir. Le rêve ne cache pas, il révèle ce qui se passe dans le monde intérieur du rêveur. Jung écrit :

 

« Les idées de Sigmund Freud ont confirmé la plupart des gens dans le mépris que leur inspire la psyché inconsciente. Avant lui son existence était ignorée ou négligée. Désormais elle est devenu un dépôt à ordures morales. Ce point de vue moderne est certainement injuste et borné. Il ne s’accorde même pas avec les faits connus…

…Les rêves ne sont pas des inventions que l’on fait d’une façon intentionnelle ou arbitraire, ce sont des phénomènes naturels qui ne sont rien d’autre que ce qu’ils représentent en effet. Notre connaissance actuelle de l’inconscient montre qu’il est un phénomène naturel….

J’ai passé, dit encore Jung, plus d’un demi siècle à étudier les symboles naturels et je suis arrivé à la conclusion que les rêves et leur symboles ne sont ni stupides, ni dénués de sens. Au contraire, les rêves nous procurent les connaissances les plus intéressantes si on se donne la peine de comprendre leurs symboles. »

 

Je reprends et souligne les paroles de Jung :   Notre connaissance actuelle de l’inconscient montre qu’il est un phénomène naturel.

 

C’est à cette affirmation que parviennent également les scientifiques actuels, les rêves sont des activités naturelles.

 

Contacter Christiane Riedel

 


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